Pourquoi organiser le tournage depuis la Guadeloupe
Un tournage multi-îles se gagne avant le départ : préparation, matériel, équipe, plan de travail. Concentrer ces fonctions sur une seule base évite de reconstituer une production complète sur chaque île. La Guadeloupe s'y prête pour des raisons simples :
- Une base technique complète — caméras, lumière, son, drone, plateau fonds vert, virtual production, studio son et post-production au même endroit. Les plans difficiles à obtenir sur place peuvent être repris ou complétés en studio au retour.
- Une position centrale — la Martinique au sud, Saint-Martin et Saint-Barthélemy au nord : la Guadeloupe se trouve entre les deux, ce qui facilite les rotations.
- Un vivier local — techniciens, comédiens et figurants, mobilisables pour les séquences tournées en Guadeloupe, comme le détaille notre guide du casting en Guadeloupe.
- Une seule chaîne de fabrication — des rushes qui reviennent chaque soir vers la même régie, le même étalonnage et le même mixage : l'image reste cohérente d'une île à l'autre.
C'est le rôle d'une production exécutive locale, que nous décrivons dans notre guide du fixer et de la production exécutive en Guadeloupe : appliqué à plusieurs îles, ce rôle consiste surtout à anticiper les différences entre territoires.
Quatre territoires, quatre statuts
La différence la plus sous-estimée est juridique. Les Antilles françaises ne relèvent pas toutes du même régime, et l'île de Saint-Martin est partagée avec un autre pays. Ces statuts déterminent les interlocuteurs, la fiscalité applicable et les formalités douanières.
La Martinique : une collectivité unique
Comme la Guadeloupe, la Martinique relève de l'article 73 de la Constitution et fait partie de l'Union européenne en tant que région ultrapériphérique. Depuis le 1er janvier 2016, la Collectivité territoriale de Martinique (CTM), créée par la loi n° 2011-884 du 27 juillet 2011, exerce à la fois les compétences d'un département et d'une région. Pour une production, c'est donc le même cadre national qu'en Guadeloupe, avec un interlocuteur territorial unique.
Saint-Martin et Saint-Barthélemy : deux collectivités d'outre-mer
La loi organique du 21 février 2007 a fait de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, jusque-là communes de la Guadeloupe, des collectivités d'outre-mer régies par l'article 74 de la Constitution. Elles disposent notamment d'une compétence fiscale propre, encadrée par des conventions avec l'État. Leur situation européenne diffère :
- Saint-Martin reste une région ultrapériphérique de l'Union européenne.
- Saint-Barthélemy est devenu un pays et territoire d'outre-mer (PTOM) le 1er janvier 2012 : l'île est sortie du territoire douanier de l'Union, tout en gardant l'euro. La douane française détaille ces cas particuliers.
Sint Maarten : un autre pays sur la même île
La partie sud de l'île de Saint-Martin, Sint Maarten, est depuis le 10 octobre 2010 un pays constitutif du Royaume des Pays-Bas. Comme l'a rappelé une réponse ministérielle à l'Assemblée nationale, Sint Maarten est seulement associé à l'Union européenne comme PTOM, fixe ses propres règles d'entrée et de séjour, et n'appartient ni à l'Union ni à l'espace Schengen. Une séquence tournée à Philipsburg relève donc d'un autre droit que celle tournée à Marigot, à quelques kilomètres.
| Territoire | Statut | Rapport à l'UE | Interlocuteur cinéma |
|---|---|---|---|
| Guadeloupe | Département et région d'outre-mer (art. 73) | Région ultrapériphérique | Région Guadeloupe (service cinéma et audiovisuel) |
| Martinique | Collectivité territoriale unique (art. 73), depuis 2016 | Région ultrapériphérique | CTM et Martinique Film Commission |
| Saint-Martin | Collectivité d'outre-mer (art. 74), depuis 2007 | Région ultrapériphérique | Collectivité de Saint-Martin (bureau d'accueil prévu par la convention de 2025) |
| Saint-Barthélemy | Collectivité d'outre-mer (art. 74), depuis 2007 | PTOM depuis 2012, hors territoire douanier de l'UE | Collectivité de Saint-Barthélemy |
| Sint Maarten | Pays constitutif du Royaume des Pays-Bas, depuis 2010 | PTOM, hors UE ; règles d'entrée propres | Gouvernement de Sint Maarten |
Aides et crédit d'impôt : ce qui change d'une île à l'autre
Les aides publiques au cinéma et à l'audiovisuel sont territoriales. Un projet tourné sur plusieurs îles peut solliciter plusieurs guichets, à condition de respecter les règles de chacun, notamment sur les dépenses à réaliser localement. Le cadre guadeloupéen est détaillé dans notre guide des crédits d'impôt et aides au tournage dans les DOM.
En Martinique : la CTM et une film commission
La CTM soutient la production cinématographique et audiovisuelle ; ses dispositifs, montants et calendriers se vérifient directement auprès d'elle. La Martinique Film Commission, membre du réseau Film France, accompagne les productions : repérages, contacts techniques, présélection de castings.
À Saint-Martin : une filière en construction
Le 27 juin 2025, l'État, le CNC et la Collectivité de Saint-Martin ont signé une convention de développement de la filière audiovisuelle. Elle prévoit un fonds d'aide au cinéma et à l'audiovisuel, la création d'un bureau d'accueil des tournages et un diagnostic des besoins en formation, pour 485 000 € d'actions au total, dont 100 000 € du CNC pour le fonds territorial et 355 000 € de la Collectivité. Une fois le bureau d'accueil en place, il deviendra le premier contact des productions venues de l'extérieur ; d'ici là, les demandes passent par la Collectivité.
À Saint-Barthélemy : s'adresser à la Collectivité
Nous n'avons pas identifié de fonds d'aide au cinéma ni de bureau d'accueil des tournages publiquement documentés à Saint-Barthélemy. Les demandes d'autorisation se traitent avec les services de la Collectivité, qu'il faut contacter tôt : sur une île de cette taille, un tournage se remarque et se négocie.
Le crédit d'impôt : la question des collectivités d'outre-mer
Le crédit d'impôt cinéma de l'article 220 sexies du code général des impôts suppose notamment que l'œuvre soit réalisée principalement sur le territoire français, et il est assis sur des dépenses localisées. Pour la Martinique, la situation est la même qu'en Guadeloupe. Pour Saint-Martin et Saint-Barthélemy, qui ont leur propre compétence fiscale, le traitement des dépenses engagées sur place n'est pas tranché par les sources publiques que nous avons consultées : il est à valider avec un expert-comptable spécialisé ou le CNC avant de bâtir le plan de financement. Les dépenses à Sint Maarten sont, elles, réalisées hors de France.
La règle pratique
Dans un tournage multi-îles, chaque jour de tournage a une adresse fiscale. Construire le plan de travail île par île, avec les dépenses prévues sur chaque territoire, permet de savoir dès le devis quelles dépenses entrent dans quelle aide, et lesquelles restent à confirmer.
Logistique inter-îles : matériel, équipes, transport
Entre îles, la contrainte n'est pas la distance mais la capacité : place dans les avions, horaires des bateaux, formalités à chaque arrivée. Trois points structurent la préparation.
Le transport du matériel
Entre la Guadeloupe et la Martinique, l'avion est l'option la plus rapide, et la liaison maritime assurée par L'Express des Îles offre une alternative, à condition de vérifier les conditions de transport des bagages volumineux. Vers Saint-Barthélemy, la contrainte est forte : l'aéroport n'accueille que de petits appareils, sur une piste courte dont l'approche exige des pilotes spécialement qualifiés. La capacité en soute est donc limitée : on y envoie un dispositif allégé, et le matériel lourd voyage par la mer ou reste en Guadeloupe pour les séquences en studio.
La douane et le carnet ATA
Le carnet ATA permet de faire entrer temporairement du matériel professionnel, comme une caméra ou un kit lumière, sans payer de droits, à condition de le réexporter. Il est délivré par les CCI. Il peut être utile pour Saint-Barthélemy, sorti du territoire douanier de l'Union, et pour Sint Maarten, qui n'appartient pas à l'Union, sous réserve que le territoire l'accepte : à vérifier auprès de la CCI et des douanes concernées avant le départ. Pour la Martinique et la partie française de Saint-Martin, les formalités applicables au matériel se vérifient aussi auprès de la douane.
Les équipes et les papiers
Pour Sint Maarten, qui fixe ses propres règles d'entrée, chaque membre de l'équipe vérifie ses conditions d'entrée selon sa nationalité, comme pour chaque territoire de l'archipel. Les contrats, les assurances et les feuilles de service mentionnent chaque territoire, et l'assurance du matériel doit couvrir chaque île et chaque trajet. Les règles sociales applicables aux équipes déplacées dans les collectivités d'outre-mer sont, elles aussi, à valider avec le gestionnaire de paie de la production.
Les Antilles se tournent comme un archipel, pas comme un décor unique. On choisit sa base, on allège ce qui voyage, et on règle les questions administratives île par île avant le départ, pas sur le quai. — Équipe Karukera Studio
Autorisations, repérages et saisons
Chaque territoire a ses règles d'occupation de l'espace public, de tournage sur les plages et en mer, et d'usage des drones. Ce qui vaut en Guadeloupe, présenté dans notre guide pour filmer au drone en Guadeloupe, ne se transpose pas automatiquement : les zones aériennes et les autorités compétentes changent d'une île à l'autre, et à Sint Maarten le droit applicable n'est plus le droit français.
Les repérages suivent la même logique. Un repérage photo et vidéo à distance, complété par un déplacement court sur les sites retenus, évite de mobiliser l'équipe sur des lieux qui ne fonctionneront pas. Pour la Guadeloupe, notre guide des lieux de tournage donne la méthode.
La saison compte autant que le lieu. Les îles partagent le même rythme climatique, carême et hivernage, et la même saison cyclonique : un tournage multi-îles entre août et octobre doit prévoir des jours de réserve et des plans de repli, comme l'explique notre calendrier des saisons de tournage. Pour un film touristique tourné sur plusieurs destinations, la logique de repérage rejoint celle de notre guide de la vidéo de promotion touristique.
Organiser un tournage multi-îles : la méthode
- Le découpage par île — quelles séquences doivent vraiment être tournées sur place, et lesquelles peuvent l'être en Guadeloupe, en décor naturel ou sur plateau.
- La carte administrative — statut de chaque territoire, interlocuteur cinéma, autorisations à demander et délais, aides mobilisables.
- Le plan de financement — dépenses prévues par territoire, points fiscaux à valider avec un expert-comptable pour Saint-Martin, Saint-Barthélemy et Sint Maarten.
- La logistique — liste du matériel par île, carnet ATA si nécessaire, transports réservés, marges horaires entre bateau et avion.
- Le tournage et le retour — sauvegarde des rushes chaque soir, puis montage, étalonnage et mixage dans la même chaîne de post-production en Guadeloupe.
Les erreurs qui coûtent cher
Traiter Saint-Martin comme un seul territoire. L'île est partagée entre une collectivité française et un pays du Royaume des Pays-Bas : autorisations, fiscalité et entrée des personnes changent selon le côté de la frontière.
Supposer que le crédit d'impôt couvre toutes les îles. La Martinique suit le régime de la Guadeloupe ; les collectivités d'outre-mer demandent une validation fiscale au cas par cas.
Envoyer tout le matériel partout. Les petits avions et les formalités douanières pénalisent les dispositifs lourds : on adapte le kit à chaque île.
Oublier les marges de transport. Un bateau décalé ou un vol plein suffit à perdre une journée de tournage : le plan de travail doit absorber ces aléas.
Questions fréquentes sur les tournages multi-îles
FAQ · Tourner dans les îles
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