Mesurer le mouvement plutôt que l'observer
Un kinésithérapeute, un entraîneur ou un ergonome sait lire un geste. Mais l'œil ne fige pas un geste rapide : il le voit en deux dimensions, sous un seul angle. Une asymétrie de quelques degrés au genou, une rotation de bassin trop précoce, une épaule qui compense : ces détails échappent à l'observation, même experte. La motion capture les rend mesurables, comparables et archivables.
Concrètement, la mocap reconstruit le squelette d'une personne en 3D, image par image, à partir de marqueurs posés sur les repères anatomiques. On obtient des trajectoires, des angles articulaires, des vitesses et des amplitudes, exploitables séance après séance. C'est le même principe que celui décrit dans notre guide de la motion capture aux Antilles, appliqué non plus à un personnage, mais à la personne elle-même.
Le plateau de Karukera Studio repose sur 16 caméras OptiTrack Prime X 22 (2048 × 1088 pixels, 240 images par seconde), un volume de capture de 8 × 6 × 3 mètres et une latence inférieure à 8 ms entre la capture et l'affichage. Le volume suffit pour une course d'élan courte, un saut, une réception, un geste de lancer ou un poste de travail reconstitué.
Optique, centrales inertielles, vidéo sans marqueurs : ce que chaque technologie mesure
Trois familles de technologies coexistent. La littérature scientifique les départage selon l'usage. Choisir la bonne, c'est d'abord savoir quelle question on pose.
L'optique à marqueurs : la référence de laboratoire
Des caméras infrarouges suivent des marqueurs réfléchissants. En environnement contrôlé, la précision est de l'ordre du millimètre, ce qui en fait l'outil de référence des laboratoires de biomécanique. Une revue publiée dans PeerJ rappelle toutefois que ce n'est pas une vérité absolue : les marqueurs collés sur la peau bougent légèrement par rapport à l'os, et l'optique elle-même commet des erreurs face à la vidéoradiographie (Wade et al., 2022). La bonne pratique consiste donc à standardiser le protocole : mêmes repères, même calibration, même opérateur.
Les centrales inertielles (IMU) : la mobilité du terrain
Des capteurs portés sur le corps mesurent accélérations et rotations. Atout majeur : ils sortent du laboratoire, sur un stade, dans une piscine ou dans un atelier. En contrepartie, la précision varie fortement selon l'articulation. Une revue de 52 études sur le membre supérieur relève, dans les meilleures conditions, un écart d'environ 2° au coude face à l'optique, mais plus de 10° pour l'omoplate selon les axes (Fang et al., Sensors, 2023).
La vidéo sans marqueurs : prometteuse, pas encore clinique
Des algorithmes reconstruisent le squelette à partir de simples vidéos. Une méta-analyse de 22 études conclut à un accord bon à excellent pour les paramètres spatio-temporels (vitesse, cadence, longueur de pas), modéré à excellent pour la hanche et le genou, mais faible pour la cheville (Scataglini et al., Sensors, 2024). Pour les angles articulaires fins, Wade et al. estiment que ces systèmes ne sont pas encore assez précis pour un usage clinique. Une revue récente sur le dépistage par sauts et réceptions (Chougule et al., Sensors, 2026) relève une validité surtout dans le plan sagittal, que ses auteurs appellent eux-mêmes à confirmer.
Ce que la mocap optique ne mesure pas seule
La motion capture décrit la cinématique : positions, angles, vitesses. Les forces au sol et l'activité musculaire relèvent d'autres instruments, plateformes de force et électromyographie, dont le studio n'est pas équipé. Quand un protocole les exige, ces mesures relèvent d'équipes qui en sont équipées ; la synchronisation avec le plateau se valide au cas par cas.
Sport : de l'analyse technique au suivi dans le temps
La Guadeloupe est une terre de sportifs, et elle dispose d'un équipement de premier plan : le CREPS Antilles-Guyane, présenté par le ministère des Sports comme le second campus d'excellence après l'INSEP, avec des pôles en canoë-kayak, athlétisme, triathlon, pentathlon moderne et natation, para-disciplines comprises. L'Université des Antilles abrite aussi le laboratoire ACTES, dont les travaux portent sur l'exercice et la performance en climat tropical. Le plateau de Karukera Studio est un outil de mesure 3D de plus sur l'île, accessible aux clubs, aux cabinets et aux structures qui en ont besoin.
Les usages les plus utiles en sport :
- L'analyse technique : décomposer un départ, une réception, un geste de lancer ou de pagaie, comparer deux exécutions, objectiver une consigne d'entraîneur.
- Les asymétries : mesurer les écarts droite-gauche après une blessure ou une longue période de charge.
- Le retour au jeu : comparer un athlète à ses propres valeurs d'avant blessure, plutôt qu'à une norme générale.
- Le contenu pédagogique : transformer un geste d'expert en animation 3D, visible sous tous les angles, pour les jeunes des pôles et des clubs.
Une nuance importante : un test isolé ne suffit pas à prédire une blessure. Sur 710 joueuses d'élite de football et de handball, un test de saut analysé en 3D n'a pas permis de prédire les 42 ruptures du ligament croisé antérieur survenues sans contact (Krosshaug et al., American Journal of Sports Medicine, 2016). La mocap se défend mieux en suivi longitudinal : mêmes protocoles, répétés dans le temps, interprétés par le staff médical et sportif.
Rééducation : des données objectives pour les soignants
En rééducation, la question n'est pas de remplacer l'examen clinique, mais de lui donner des chiffres. Amplitude d'une épaule, symétrie d'une marche, oscillations du tronc en appui sur une jambe : la mesure 3D permet de documenter une progression et de la montrer au patient.
Le besoin local est réel. Selon Santé publique France (bulletin du 30 juin 2025), la Guadeloupe compte 291 patients hospitalisés pour un AVC pour 100 000 habitants, contre 231 en France (taux standardisés 2021-2023 ; environ 886 patients par an). Le diabète connu touche 12,0 % des adultes guadeloupéens selon le Baromètre de Santé publique France 2021. L'AVC et les complications du diabète (neuropathie, amputation) touchent souvent la marche et l'équilibre.
La répartition des rôles est claire : le studio mesure et livre des données ; le kinésithérapeute, le médecin de médecine physique et de réadaptation ou le chercheur les interprète, pose le diagnostic et décide de la prise en charge. Le CHU, les cabinets et les centres de rééducation restent les lieux du soin.
Nous ne soignons personne. Nous mettons à la disposition des soignants et des préparateurs une mesure 3D du mouvement par caméras optiques, avec la rigueur d'un plateau de production. — Équipe Karukera Studio
Travail : prévenir les TMS par l'analyse des gestes
Les troubles musculo-squelettiques représentent près de 90 % des maladies professionnelles reconnues en France, selon le rapport annuel 2024 de l'Assurance Maladie cité par l'INRS. Environ 40 000 TMS sont reconnus chaque année au titre du tableau 57 ; en 2021, ils ont entraîné plus de 11 millions de journées de travail perdues et environ 1 milliard d'euros de frais pour les entreprises (INRS, statistiques TMS).
Pour un ergonome, un service de santé au travail ou un responsable sécurité, la mocap apporte trois choses :
- Objectiver un poste : reconstituer un geste de manutention, de caisse, d'atelier ou de soin et mesurer les angles extrêmes et leur durée.
- Comparer des solutions : hauteur de plan de travail, outil, organisation du geste, avant et après.
- Former : produire une animation 3D du bon geste, réutilisable en formation ou en réalité virtuelle.
La démarche de prévention reste celle de l'ergonome et de l'entreprise ; la mesure 3D l'outille.
Formation et simulation en santé
La HAS porte depuis 2012 un principe éthique devenu la ligne directrice de la simulation en santé : jamais la première fois sur le patient. Gestes techniques, manutention de patients, communication : la simulation permet de s'exercer sans risque.
La motion capture y contribue de deux façons. D'abord en capturant le geste d'un expert pour l'animer en 3D et le rendre visible sous tous les angles, au ralenti, sans la contrainte d'un tournage en bloc opératoire. Ensuite en alimentant des environnements immersifs sous Unreal Engine, dans la continuité de nos expériences XR et de réalité virtuelle. La chaîne est la même que pour les cinématiques de jeux vidéo : Motive pour la capture, MotionBuilder et Blender pour le nettoyage, Unreal Engine 5.5 pour la restitution, et la capture faciale (Faceware, iPhone Live Link Face) quand l'expression compte, par exemple pour un patient virtuel. Pour un module grand public ou une campagne de prévention, ces animations peuvent aussi s'intégrer à un film d'animation 3D ou à un film institutionnel.
Le cadre : des mesures, pas un diagnostic
Travailler avec des données de santé impose de la rigueur. Trois points cadrent chaque projet :
- Pas un dispositif médical. Selon le règlement européen 2017/745, c'est la destination fixée par le fabricant qui fait un dispositif médical. Le studio ne revendique aucune finalité de diagnostic ni de suivi thérapeutique ; l'usage clinique des mesures relève du professionnel de santé.
- Des données protégées. Les données de santé sont une catégorie particulière au sens du RGPD : base légale adaptée, information des personnes, consentement quand il s'impose, accès limité, durée de conservation définie.
- Un hébergement adapté. Les données de santé hébergées pour des activités de prévention, de diagnostic, de soins ou de suivi relèvent de la certification HDS. Le studio ne propose pas lui-même d'hébergement de données de santé : les fichiers sont pseudonymisés lorsque c'est possible et remis à l'établissement responsable, qui les héberge dans son propre environnement.
Ce cadre est posé par écrit avec l'établissement, le professionnel ou l'entreprise responsable avant la première session.
Comment se déroule une session d'analyse du mouvement
- Le cadrage : question posée, personnes concernées, mesures attendues, responsable des données. On définit ce qui sera mesuré et ce qui ne le sera pas.
- Le protocole : placement des marqueurs, gestes à réaliser, nombre d'essais, échauffement. Le protocole est figé pour pouvoir être répété à l'identique.
- La capture : calibration du volume, enregistrement des essais, contrôle de la qualité des données en direct. Six combinaisons de la taille S à XL sont disponibles, avec marqueurs passifs et actifs.
- Le traitement : nettoyage des trajectoires, reconstruction du squelette, export des trajectoires de marqueurs (C3D) et du squelette (FBX), exploitables dans le logiciel d'analyse biomécanique du professionnel, et visualisations 3D.
- La restitution : remise des données et des vidéos 3D au professionnel qui les interprète. Pour un suivi, la session suivante reprend exactement le même protocole.
Les équipes qui veulent prendre en main l'outil elles-mêmes peuvent s'appuyer sur nos formations en motion capture.
Questions fréquentes sur la mocap en sport et en santé
FAQ · Sport & santé
Un protocole de mesure à construire ?
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